Posts Tagged ‘écriture’

Copistes (3:Orhan Pamuk)

novembre 18, 2009

"Ceux qui remarquent avec surprise que, dans les pays musulmans, les rayons des bibliothèques sont remplis de livres où foisonnent les commentaires et les annotations manuscrits devraient, au lieu de s’étonner, lancer un coup d’oeil aux multitudes d’hommes briséés que l’on croise dans les rues. "

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Copistes (2: Ibn Arabî)

novembre 18, 2009

"Je lus un livre. (…) Puis je me retrouvai en train d’étudier les chiffres et les lettres du livre et je compris grâce à la calligraphie que le texte avait été écrit par le fils du cheik Abdurrahman, cadi de la ville d’Alep. Quand je repris mes esprits, je me trouvai en train d’écrire le chapitre que vous êtes en train de lire. Et je compris soudain que le chapitre écrit par le fils du cheik et le chapitre que j’avais lu en état de transe étaient les mêmes que le chapitre du livre que je suis en train d’écrire."

Ibn Arabî, Futûthat al-Mekkiya, cité par Orhan Pamuk, La Vie nouvelle (trad. M. Andac, Gallimard, 1999, p. 389).

Copistes (1: Byzance)

novembre 18, 2009

A Byzance,

"le copiste doit être considéré comme un lecteur, voire comme l’unique véritable lecteur du texte, puisque la seule lecture qui amène à une pleine compréhension du texte est l’acte de copie."

Luciano Canfora (Il Copista come autore, Palerme, 2002), cité par Guglielmo Cavallo dans Lire à Byzance, Paris: Les Belles Lettres, 2006 (p. 76). Lire la suite »

Commentaire sur Voix Haute (Léo et Léa)

juin 14, 2009

Pour mémoire après le saut un long commentaire sur l’article "Léo et Lea" du blogue "Voix Haute" (pour mémoire et parce que le thème a déjà été abordé plusieurs fois ici et que je ne vois pas comment envoyer des trackbacks depuis Blogger).

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Quintilien sur l’orthographe

novembre 26, 2008

Institutions Oratoires, 1, 4, 7-9 (cité par Roy Harris dans Rethinking Writing (2000)):

Il appartient à tous les grammairiens[1] de s’occuper de ces choses fines et d’examiner s’il ne nous manque pas certaines lettres nécessaires, non pour écrire des mots grecs (puisque nous avons emprunté deux lettres pour cela), mais pour les mots latins eux-mêmes: ainsi dans serus et uulgus le digamma éolien fait défaut[2], et il y a un son intermédiaire entre les lettres u et i (en effet nous ne disons pas optimum[3] comme opimum), et dans hereon n’entend clairement ni i, ni e; et par ailleurs d’autres lettres sont redondantes[4] (…)

(…) Aut grammatici saltem omnes in hanc descendent rerum tenuitatem, desintne aliquae nobis necessariae litterae, non cum Graeca scribimus (tum enim ab isdem duas mutuamur), sed proprie in Latinis: ut in his seruus et uulgus Aeolicum digammon desideratur, et medius est quidam u et i litterae sonus (non enim sic optimum dicimus ut opimum), et in here neque e plane neque i auditur; an rursus aliae redundent (…)[5]


  1. Grammatici, ie les professeurs de lettres
  2. pour distinguer la semi-consonne de la voyelle u, ce que fait la typographie moderne du latin, en notant la semi-consonne par v.
  3. écrit parfois optumum
  4. comme le q ou le x
  5. in The Latin Library trad. anglaise sur Lacus Curtius et Iowa State

Le rêve impossible de la transparence orthographique / Stanislas Dehaene (2007)

octobre 31, 2008

Les Neurones de la lecture.- Odile Jacob, 2007; pp. 61-67:

L’importation de mots étrangers, les changements d’usage et de prononciation ont entraîné un vaste décalage entre l’écrit et l’oral qui entraîne des années de souffrances pour nos enfants. La voix de la raison vote donc en faveur d’une simplification des règles orthographiques.

Cependant, avant de réformer, il importe de bien comprendre les origines des irrégularités de l’orthographe. Par-delà les vicissitudes de l’histoire linguistique, l’orthographe irrégulière du français s’explique également par la structure même de notre langue… et de notre cerveau. Les deux routes de lecture, la voie phonologique et la voie lexicale, imposent des contraintes souvent contradictoires à l’écriture d’une langue. De ce point de vue, le français, l’anglais, le chinois ou l’italien diffèrent suffisamment pour qu’il soit impossible d’adopter une solution unique et globale à l’écriture de toutes les langues.

(…)

La tension entre lecture par le son et lecture par le sens est universelle. Tous les systèmes d’écriture doivent la résoudre par un compromis plus ou moins heureux, et qui dépend étroitement de la langue que l’on cherche à transcrire. Prenons l’exemple de l’italien. Pourquoi son orthographe est-elle aussi régulière et facile à apprendre ? Pourrions-nous imiter son exemple en français ? En fait, la langue italienne présente des particularités qui la rendent facile à transcrire par une écriture simple. Les mots italiens sont longs et comptent très souvent plusieurs syllabes. Leurs accords grammaticaux sont bien distingués par des voyelles sonores. Enfin, les homonymes y sont rares.

(…)

L’italien et le mandarin occupent (…) les extrêmes d’une échelle de « transparence orthographique », où le français et l’anglais se situent dans une position intermédiaire. En français parlé, comme en anglais, les mots sont assez courts et les homonymes fréquents (« right », « write », « rite » ; « mais », « mes », « mets »). Pour faire face à ces contraintes, l’orthographe du français et de l’anglais incorpore un mélange de transcription phonétique et lexicale. Ce phénomène est source de difficultés orthographiques pour le scripteur mais, une fois passées les difficiles années d’apprentissage, il simplifie la tâche du lecteur.

En bref, nous commençons seulement à comprendre les contraintes croisées qui façonnent l’orthographe. Ne serait-il pas téméraire d’en envisager la réforme ? Je crois pourtant qu’une forte simplification s’impose. Nous la devons à nos enfants qui perdent des centaines d’heures à ce jeu cruel, et dont certains ne sortiront pas indemnes, stigmatisés à vie par leur dyslexie ou simplement parce qu’ils sont issus de familles défavorisées ou multilingues, qui sont les premières victimes de notre orthographe archaïque. J’espère que la prochaine génération, coutumière du langage abrégé de l’Internet et des téléphones portables, cessera de considérer cette question comme un tabou et saura trouver la volonté d’aborder cette question d’une manière rationnelle. Mais la question ne se réduira pas à l’adoption d’une solution simple, celle du « tout phonétique ». Le français, avec ses nombreuses homophonies, ne pourra jamais s’écrire aussi simplement que l’italien. Le rêve d’une langue strictement régulière n’est sans doute qu’un leurre…

Sur la méthodologie "Voix Haute"

octobre 29, 2008

(Réflexions consécutives à la lecture d’un billet sur Voces Paginarum: "Parole et écriture".)

Si je suis entré, à la demande de Christian Jacomino, dans le CA de son association, ça a d’abord été par amitié mais si je n’avais profondément adhéré à l’activité de l’association et à sa méthode, je ne serai pas resté. Pourtant lorsque je lis les explications que donne Christian de sa méthodologie, l’explicitation de ses présupposés théoriques, je me trouve assez radicalement en désaccord. Et pourtant il n’en résulte aucune réserve à l’égard de l’activité elle-même. Si j’essaie de m’expliquer cette contradiction, je trouve que je comprends la pratique de VH de façon très différente de ce que le fait, au moins explicitement, son inventeur.

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Parole et écriture / Jean-Jacques Rousseau (1761)

octobre 29, 2008

(Fragment "Prononciation", 1761; in Pléiade, OC (1964), t. 2, p. 1248 sq.)

Les langues sont faites pour être parlées, l’écriture ne sert que de supplément à la parole; [...] Le plus grand usage d’une langue étant donc dans la parole, le plus grand soin des Grammairiens devrait être d’en bien déterminer les modifications; mais au contraire ils ne s’occupent presque uniquement que de l’écriture. Plus l’art d’écrire se perfectionne, plus celui de parler est négligé. On disserte sans cesse sur l’orthographe, et à peine a-t-on quelques règles sur la prononciation.

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Composition orale et transmission orale: le cas des Veda / Jack Goody (1987)

octobre 28, 2008

in J. Goody, Entre l’oralité et l’écriture (Presses Universitaires de France – PUF, 1994).

Goody examine l’objection possible à ses thèses qui pourrait être tirée de l’exemple de la transmission purement orale et néanmoins exacte des textes sacrés dans la tradition hindoue. La "littérature orale" hindoue présente des traits qui, pour Goody, dépendent d’une culture "lettrée", disposant et utilisant l’écriture. Il répond à l’objection en distinguant transmission et composition: si les Vedas sont bien transmis oralement, leur composition, dans la forme transmise, a vraisemblablement été écrite.

il est évident que la transmission écrite est par un côté plus facile que l’orale: l’élève n’a pas besoin de la présence physique d’un maître pour lui inculquer le savoir ni pour apporter les corrections nécessaires à une reproduction exacte; il peut le faire lui-même. L’écriture permet l’apparition de l’autodidacte et rend l’acquisition de l’information potentiellement moins personnelle, moins "intensive". (p. 125)

La remarque est particulièrement vraie pour l’apprentissage par coeur. Serait intéressant de la relier au cas de l’autodidactisme protestant et de sa tendance au littéralisme. Vrai aussi pour l’islam: c’est la généralisation de l’accès direct et non encadré au texte qui permet le fondamentalisme.

On ne peut guère douter que Pânini se servit de l’écriture pour parvenir à formuler les "règles" de la grammaire. Néanmoins un élève commençait son instruction en apprenant par coeur les sûtras qui ne lui étaient expliquées que plus tard: le procédé n’est pas inhabituel dans des formes de l’enseignement islamique et, de façon moins évidente, dans la nôtre [sic]. Selon Oliver, un bon grammairien apprenait et apprend encore les ouvrages classiques de base "par coeur", directement d’un maître sans se servir d’un manuscrit ni d’un livre" (p.61). Un livre existait cependant auquel on pouvait se référer en cas de besoin. (p. 127)

comme je l’ai par la suite envisagé à propos de l’étude intéressante de Frances Yates sur la mémoire (1966), l’élaboration de certaines techniques importantes pour retenir par coeur le discours semble presque exiger la réduction préalable de la langue à une forme visuelle, apportant à la parole une dimension spatiale (chap. 8). 

Pontiggia:La Mostra di Iside

mai 22, 2008

L’exposition d’Isis / Giuseppe Pontiggia[1]

Exposition d’Isis

Voir une part de notre monde intérieur transformée en objets signifie oublier cette puissance d’irréalité qui irradie la culture écrite et accroît le danger de sa fascination. La parole éclaire autant qu’elle cache, vivifie autant qu’elle supprime. Nous avons tellement lu sur les cultes d’Isis qu’ils ont fini par disparaître. Ils sont devenus du papier: livres, articles, pages, paragraphes, citations, bibliographies, cf.
Ici nous voyons que les hommes croyaient à Isis, que pour elle ils sculptaient des statues, frappaient des médailles et fabriquaient les sistres typiques de son culte.

(…)

Nous croyons que vivre est communiquer, qu’aimer est partager le même code, que le monde est un système de signes dont nous continuons à déchiffrer les signifiés, hormis le dernier. Je ne comprends pas pourquoi c’est rassurant, mais cela agit comme un sédatif. Que le monde soit l’interprétation de ce que les hommes interprètent comme monde, cela mystérieusement nous réconforte. [2]

La Mostra di Iside

Vedere trasformata in oggetti una parte del nostro mondo interiore significa dimenticare quel senso potente di irrealtà che la cultura scritta irradia e che contribuisce alla pericolosità del suo fascino. La parola illumina quanto occulta, vivifica quanto silenziosamente sopprime. Abbiamo letto tanto su i culti di Iside che alla fine sono scomparsi. Sono diventati carta: libri, articoli, pagine, paragrafi, citazioni, bibliografie, cfr.
Qui vediamo che gli uomini credevano a Iside e per lei scolpivano statue e coniavano medaglie e fabbricavano i sistri tipici del suo culto.

(…)

Crediamo che vivere sia communicare, che amare sia condividere un codice, che il mondi sia un sistema di segni di cui continuiamo a decifrare i significati, tranne l’ultimo. Non capisco perché sia rassicurante, ma agisce da sedativo. Ci conforta misteriosamente qhe il mondi sia l’interpretazione di ciò che gli uomini interpretano come mondo.[3]

notes:

1. Extr. de Prima Persona, in Conférence, n°24, pp. 351-2
2. trad. Christophe Carraud
3. Opere.- Milano : A. Mondadori, 2004 (I Meridiani)

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