Archive for the 'Extrême-Orient' Category

Shen Zhou, 1492

mars 8, 2009

Une nuit de l’automne 1492, le peintre Shen Zhou, pose ces notes sur une peinture qu’il vient de faire:

Nuit de veille / Shen Zhou, 1492 (National Palace Museum, Taipeh)

Nuit de veille / Shen Zhou, 1492 (National Palace Museum, Taipeh)

Par une nuit froide, le sommeil est doux. Je me suis éveillé au milieu de la nuit, l’esprit clair et serein, sans désir de me rendormir. Je me suis habillé et me suis assis face à la chandelle vacillante. Sur la table il y avait quelques livres, j’ai choisi parmi eux un volume au hasard et j’ai commencé à lire. Mais trop fatigué, j’ai reposé le livre et me suis assis clmement, mains croisées. Une longue pluie venait de tomber et la lune pâle brillait par la fenêtre. Tout n’était que silence.

J’aime par nature rester assis la nuit. Aussi très souvent je déroule un livre sous la lampe et le parcours habituellement jusqu’à la deuxième veille, puis je m’arrête. La clameur des hommes n’a pas encore cessé que déjà l’on a envie de se plonger dans l’étude. Mais il est rare de trouver le calme à l’extérieur et la paix en dedans…

Comme elle est grande, la force qu’on gagne à rester assis de nuit. En se purifiant ainsi l’esprit, en restant assis seul durant de longues veilles à la lueur de la chandelle, on ouvre son espace intérieur et on commence à comprendre les choses. Cela, c’est sûr, je parviendrai à l’atteindre.

J’ai écrit ces notes une nuit de veille de l’automne 1492, le 16e jour du 7e mois.

(cité et traduit par Anne Kerlan Stephens, Poèmes Sans Paroles. Paris: Hazan, 1999)

Et je pense à un autre lettré et à la lettre qu’il écrit, un automne aussi, 11 années plus tard, de l’autre côté du vieux monde.

Zhuangzi et les vers de sable

juillet 31, 2006

(En complément du billet-citations précédent, je repêche une vieille note de journal.)

Jeudi 6 avril 1978 – Tout à l’heure en passant devant l’Huma [faubourg Poissonnière], j’ai lu à propos de la marée noire, dans le numéro de l’Humanité Dimanche de cette semaine :
"Même les vers de sable, si nécessaires à l’équilibre biologique et dont les pêcheurs se servent comme appât, crêvent."

A comparer ce passage du Zhuangzi, lu hier soir :

l’excès d’intelligence met du désordre dans le rayonnement de la lune et du soleil, effrite les montagnes, déssèche les fleuves et perturbe la succession des quatre saisons. Ces maux vont déranger même les vers craintifs et les insectes minuscules dans leurs habitudes propres.

L’alternative est Laozi ou Nietzsche (N. dirait Schoppenhauer ou moi), c’est sensible par exemple chez Heidegger.

"Get up and do something useful" (Confucius chez Pound)

avril 13, 2006

Canto 13:

Kong marcha
     le long du temple dynastique
et pénétra dans le bois de cèdres,
     et puis sortit vers l’aval de la rivière,
Et avec lui Qiu Chi
     et Tian qui parlait bas
Et "nous sommes méconnus" dit Kong,
"Tu vas te mettre à l’art du char?
"Alors tu seras connu,
"Ou peut-être moi je devrais me mettre au char, ou de tir à l’arc?
"Ou à la pratique du discours public?"
Et Zilu dit, "Je mettrais en bon ordre les défenses."
Et Qiu dit, "Si j’étais seigneur d’une province
"Je l’ordonnerais mieux que ne l’est celle-ci."
Et Chi dit, "Je préfèrerais un petit temple de montagne,
"avec des observances bien ordonnées,
     avec une exécution convenable du rituel."
Et Tian dit, avec la main sur les cordes du luth
La sourde résonnance continuant
     après que sa main avait laissé les cordes,
Et le son monta comme de la fumée, sous les feuilles,
Et il regarda le son:
     "Le vieux trou d’eau,
"et les garçons sautant des planches,
"Ou assis dans les buissons jouant de leurs mandolines."
     Et Kong sourit à tous également.
Et Zangxie désira savoir:
     "Lequel d’entre eux a répondu correctement?"
Et Kong dit, "Ils ont tous répondu correctement,
"C’est-à-dire, chacun selon sa nature."
Et Kong leva sa canne vers Yuanrang,
     Yuanrang étant son aîné,

C’est que Yuanrang était assis au bord de la route prétendant
     recevoir la sagesse.
Et Kong dit
     "Vieux fou que tu es, arrête avec ça,
"Lève-toi et fais quelque chose d’utile."
     Et Kong dit
"Respecte les facultés d’un enfant
"Depuis le moment où il inhale l’air pur,
"Mais un homme de cinquante ans qui ne sait rien
     ne mérite aucun respect."
Et "Quand le prince a rassemblé autour de lui
"Tous les savants et les artistes; ses richesses auront été bien employées"
Et Kong dit, et écrit sur les feuilles bo:
     Si un homme n’a pas d’ordre en lui
Il ne peut mettre de l’ordre autour de lui;
Et si un homme n’a pas d’ordre en lui
Sa famille n’agira pas de façon ordonnée,
     Et si le prince n’a pas d’ordre en lui
Il ne peut mettre de l’ordre dans ses domaines.
Et Kong donna les mots "ordre"
et "déférence fraternelle"
Et ne dit rien de la "vie après la mort".
Et il dit
     "N’importe qui peut agir avec excès,
"Il est facile de lancer au-delà de la marque,
"Il est difficile de se tenir fermement au milieu."

Et ils dirent: Si un homme commet un meurtre
     Son père doit-il le protéger, et le cacher?
Et Kong dit:
     "Il doit le cacher.

Et Kong donna sa fille à Gongchang
     Bien que Gongchang fût en prison.
Et il donna sa nièce à Nanyung
     bien que Nanyung fût sans emploi.
Et Kong dit: "Wang gouverna avec modération,
     "De son temps l’Etat était bien tenu,
"Et même moi je peux me rappeler
"Un temps lorsque les historiens laissaient des blancs dans leurs écrits,
"Je veux dire, pour les choses qu’ils ignoraient,
"Mais cette époque semble en train de passer,
Un temps lorsque les historiens laissaient des blancs dans leurs écrits,
Mais cette époque semble en train de passer."
Et Kong dit, "Sans caractère vous serez
     "incapable de jouer de cet instrument
"Ou d’exécuter la musique appropriée pour les Odes.
"Les fleurs d’abricotier
     "volent de l’est vers l’ouest,
"Et j’ai essayé d’empêcher leur chute."

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Nuit d’hiver en captivité

janvier 24, 2005

Tout au long de la nuit, enfermé dans la ville, fortifiée en ruines,
A mesure qu’avancent les veilles, je sens s’accroître mon dépit,
Les étoiles filantes tracent au ciel des chemins rouges;
La lune qui se lève illumine une moitié de la montagne.

On n’entend pas d’abois de chiens dans les villages,
Mais seulement la voix des bêtes sauvages.
Sur mon lit de chagrin, quand j’arrive à dormir,
Sans cesse les rêves m’éveillent en sursaut.

(Pièce anonyme tirée d’un manuscrit de Dunhuang, 8e siècle, publié par Paul Demiéville dans Le Concile de Lhasa, Paris, 1952, p. 323.)

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