Darwinisme, encore (1) février 26, 2006
Posted by cercamon in Darwin, Dennett, auto-organisation.trackback
Science Culture hier: confusion, encore une fois, décidemment. En particulier sur la question de la finalité et du darwinisme. Ce qu'on y a entendu, c'est que toute interprétation du darwinisme qui ouvrirait la possibilité d'une téléologie est contraire à l'essence du darwinisme. Variante: que le darwinisme exclue toute métaphysique. La confusion est qu'il n'est pas clair sur quel terrain cette exclusion de la téléologie et de la métaphysique se situe. Elle est tout à fait légitime si elle s'exerce sur le terrain de la théorie scientifique, de la théorie de l'évolution elle-même. Le darwinisme exclut les explications téléologiques ou finalistes de l'évolution, son propos fondamental est bien de montrer que des phénomènes qui suscitent spontanément des explications finalistes (nous avons tel organe pour telle fonction) peuvent s'expliquer sans recourir à une finalité, par une intervention finalisée extérieure au processus: les organismes possédant par hasard un organe mieux apte à remplir telle fonction vitale possèdent par là même un avantage selectif qui va agir au bénéfice de la qualité particulière de l'organe ("mieux" et "bénéfice" étant bien entendu à entendre dans un sens axiologiquement neutre!). Pour reprendre le terme de Dennett: pas de "skyhook", pas de "crochet céleste" dans le processus de l'évolution. De ce fait le darwinisme épouse le postulat de la science en général, à savoir d'expliquer la constitution de la réalité sans faire appel à l'intervention divine. Cependant la légitimité de l'exclusion de la téléologie devient tout à fait contestable lorsqu'on voudrait en faire une proposition métaphysique à savoir que le darwinisme prouverait que l'évolution n'a pas de sens. Pas plus que la cosmologie galiléenne, le darwinisme ne prouve ni l'existence ni l'inexistence de Dieu et, comme les mathématiciens médiévaux pouvaient voir (ou ne pas voir) dans les propriétés merveilleuses des nombres la manifestation de la sagesse divine, nous pouvons voir (ou ne pas voir) dans le mécanisme de l'évolution l'efficience immanente du logos divin.
Il y a un enjeu considérable dans cette distinction de légitimité. Derrière la notion de téléologie il y a la notion de projet divin. Prétendre que le darwinisme prouve l'inexistence de toute téléologie dans le réel, c'est prétendre prouvée l'inanité de la foi et c'est remettre en cause l'arbitrage multi-séculaire qui a permis l'aventure occidentale. C'est donner raison aux fondamentalistes (créationnistes américains ou islamistes) qui affirment l'irreconciliabilité définitive entre science moderne et religion.










[...] Vendredi dernier, Julie Clarini était entourée de deux sociologues et de deux chercheurs de l’Inserm pour nous parler de Darwin, ou plutôt nous expliquer comment il faut comprendre Darwin. L’incroyable dogmatisme déployé autour de ça, essentiellement pour nous expliquer que la vérité du darwinisme, c’est l’expulsion de la finalité et du sens non seulement de la science de l’évolution mais de toute vision du monde, m’a fait réagir tout de suite par un post que j’ai préféré ensuite, à cause de son style gourdement scolaire, reléguer dans le blog-note. [...]