le passage des glaces

août 16, 2014

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Il fit de plus en plus froid. J’étais comme malade et ne savais plus pourquoi j’étais sur ce bateau. La capitaine ne disait rien de la destination, pourquoi nous allions ainsi vers le froid. J’avais comme un capuchon de brume sur la tête. Je lisais un gros livre, long et compliqué. J’avais du mal à en suivre l’intrigue. Le cuisinier me demandait combien de pages j’avais lu dans la journée et où j’en étais et il riait. Je revenais sans cesse en arrière, attention sans cesse distraite par la rêverie mais une rêverie qui ne décollait pas beaucoup du roman. Je partais sur une fausse piste, la suivais sur plusieurs dizaines de pages, jusqu’à ce que je sois tout à fait égaré. Dans une fièvre vague et toujours dans le fracas des machines. Si je montais sur le pont, c’était enveloppé dans deux grosses couvertures et même ainsi je grelottais…

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l’île du lion (le rêve)

août 16, 2014

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Je me tourne sur le matelas. Longtemps que j’ai perdu l’habitude de me lever au premier réveil. Ça fait plusieurs jours que nous tirons plein nord et je commence à sentir un peu de froid, surtout un méchant courant d’air qui me passe sur la tête. Je mets un pan de drap par-dessus et j’essaie de retrouver le fil du rêve interrompu.

Le navire est au mouillage, seul au milieu de la baie. Il est près de midi. L’air est frais, soleil de décembre, pas un nuage. Je m’accoude au bastingage, je fume une cigarette en clignant des yeux, ébloui par le soleil. Pas de bruit sauf un cri d’oiseau et le petit signe noir dans le ciel seul mouvement ou par moment une rafale de vent qui frise la surface de l’eau et fait siffler le métal du navire et clapoter l’eau contre la coque. Le spectacle est net…

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enroulé

août 16, 2014

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Enroulé dans un sac de couchage tout à côté de la salle des machines. J’ai fait presque tout le voyage enroulé dans un sac ou dans des couvertures à même le sol, dans l’entrepont, pas loin de la salle des machines. Il y avait tout le temps le bruit des machines. Continuellement. Je m’endormais, rêvais, me réveillais avec le bruit des machines. Je dormais presque tout le temps. Non, c’est un peu exagéré, je dormais beaucoup, beaucoup plus que d’habitude, et je rêvais beaucoup. Je passais aussi beaucoup de temps allongé dans mes couvertures à me remémorer mes rêves, à me les raconter. Lorsque je me levais, j’allais dans la cuisine.

Je ne suis presque jamais allé sur le pont, la mer, le ciel, la lumière, le vent, vraiment pas envie, ça me faisait mal à la tête. Et pas envie non plus de revoir la femme du gros type…

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C. B. Macpherson: démocratie libérale et individualisme possessif

août 12, 2014

(Crawford Brough Macpherson (1911-1987) était un professeur de sciences politiques canadien. Il est souvent défini comme marxiste mais son marxisme est assez peu dogmatique pour ne pas sauter aux yeux. Son projet théorique était dans une relecture de la tradition démocratique-libérale en vue non d’une rupture radicale mais d’une réforme qui la dégagerait d’une identification étroite avec les relations capitalistes de marché. Dans son livre le plus connu, The Political Theory of Possessive Individualism: From Hobbes to Locke (1962)[1], il essaie, à partir de l’analyse des théories politiques du XVIIe siècle anglais (Hobbes, les niveleurs[2], Harrington et Locke), de dégager les fondements du libéralisme politique en montrant d’une part combien il est ancré dans la réalité sociale de l’Angleterre du XVIIe siècle et d’autre part qu’il s’élabore sur une conception particulière de l’individu qu’il appelle l' »individualisme possessif ». Je le cite ici dans sa traduction française[3].)

p. 13 – Les problèmes que soulève la théorie moderne de la démocratie libérale sont (…) plus fondamentaux qu’on ne l’a cru. (…) ils ne sont qu’autant d’expressions d’une difficulté essentielle qui apparaît aux origines mêmes de l’individualisme au XVIIe siècle: celui-ci est en effet l’affirmation d’une propriété, il est essentiellement possessif. Nous désignons ainsi la tendance à considérer que l’individu n’est nullement redevable à la société de sa propre personne ou de ses capacités, dont il est au contraire, par essence, le propriétaire exclusif. À cette époque, l’individu n’est conçu ni comme un tout moral, ni comme la partie d’un tout social qui le dépasse, mais comme son propre propriétaire. C’est-à-dire qu’on attribue rétrospectivement à la nature même de l’individu les rapports de propriété qui avaient alors pris une importance décisive pour un nombre grandissant de personnes, dont ils déterminaient concrètement la liberté, l’espoir de se réaliser pleinement. L’individu, pense-t-on, n’est libre que dans la mesure où il est propriétaire de sa personne et de ses capacités. Or, l’essence de l’homme, c’est d’être libre, indépendant de la volonté d’autrui, et cette liberté est fonction de ce qu’il possède. Dans cette perspective, la société se réduit à un ensemble d’individus libres et égaux, liés les uns aux autres en tant que propriétaires de leurs capacités et de ce que l’exercice de celles-ci leur a permis d’acquérir, bref, à des rapports d’échange entre propriétaires. Quant à la société politique, elle n’est qu’un artifice destiné à protéger cette propriété et à maintenir l’ordre dans les rapports d’échange.

p. 58 [dans la partie sur Hobbes] – S’il fallait donner un critère unique de la société de marché généralisé[4], nous dirions que le travail y est une marchandise: l’énergie d’un individu et ses aptitudes lui appartiennent en propre, mais au lieu d’être considérés comme partie intégrante de sa personne, elles sont tenues pour des biens qu’il possède et dont, par conséquent, il est libre de disposer à sa guise, notamment en les cédant à autrui contre paiement. (…) là où le travail est devenu une marchandise faisant l’objet de tractations sur le marché, les rapports que le marché institue façonnent et affectent l’ensemble des relations sociales, si bien que l’on n’a pas seulement affaire à une économie de marché, mais à une société de marché.[5]

(en anglais après le saut) Lire la suite »


Le Jonquet

juillet 7, 2014

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Soir qui tombe le ciel bleu transparent sur l’herbe – l’eau
paillettes d’or dans l’herbe du soir sous le ciel bleu
irise de fins éclats le bassin, la margelle où se dresse
le héron sur un pied, l’aile s’ouvrant (asymétrie du Temps)
Des voix longues chantaient tressées, étirées comme on se plaint
on se souvient dans l’ombre de la cuisine

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éducation (Camus, Milosz, Jaspers…)

janvier 31, 2014

Simon Leys, dans Le Studio de l’inutilité, rapporte:

[Camus] avait un jour consulté Milosz pour savoir s’il serait honnête pour un athée comme lui de laisser ses enfants faire leur première communion – Milosz s’était lui-même posé semblable question ; et, à l’origine il l’avait posée à Karl Jaspers. Ce dernier lui avait répondu que, en tant que protestant, il n’avait pas de sympathie particulière pour le catholicisme, mais il estimait que tous les enfants devraient être éduqués dans leur religion propre, ne fût-ce que pour avoir accès à la tradition biblique. À son tour, Milosz répondit à Camus à peu près de la même façon.


Squares de Paris

novembre 11, 2013

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Dans les squares de Paris, je détournais les yeux de ma lecture pour observer les manœuvres des pigeons: les dandinements obstinés des mâles, les évitements gracieux et exaspérés des pigeonnes. C’était un petit bonheur et peu importait qu’il fût petit.

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dans l’avion, en écoutant Prokofiev

novembre 11, 2013

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Sous un ciel bas et lourd
Sous un ciel sombre et bas
Promenade sur une pente mouillée
Les gouttes de la dernière averse pendent en-
core aux bords des feuilles
Deux tours de briques
Anciennes, nobles et demi effondrées
On parle d’un grand groupe
En bas dans la rivière des iscles
de galets et de sable
Gris et jaune
Iscles et plages

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Les Américains

novembre 11, 2013

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Depuis trois jours il fait froid mais je ne m’y habitue pas. Je sors sans rajouter de pull-over sous mon blouson et je grelotte toute la journée. Les autres passent devant la maison et me crient: « Les Américains arrivent…! », j’attrape mon blouson et je sors en courant. Maman crie derrière moi: « Tu as pris une écharpe? », « Oui, oui. » je crie sans avoir l’impression de mentir et plus tard dans la journée je regrette de ne pas lui avoir obéi. Les vieux regardent le ciel et disent que c’est un ciel de neige. Mais non, je ne regrette rien, je n’y pense pas, je serre les mâchoires et j’enfonce mes poings dans les poches du blouson. La moto s’arrête. Robert, il a dit en riant: « Appelez-moi Bob! ». En riant mais plus tard on l’a tous appelé Bob. Robert revient de Limoges où les Américains sont depuis une semaine et il raconte:

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forme de la ville

octobre 31, 2013

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Des substructures byzantines, de briques et de pierres partout. Lors de ce séjour, j’ai plutôt cherché les mosquées anciennes. Mais « anciennes » pour les mosquées, ça signifie fin du 15e. A côté les églises, certaines, la plupart, transformées en mosquées peuvent être plus anciennes d’un millénaire. Elles cohabitent, voisinent tranquillement et dialoguent. Et l’on ne s’avise pas tout de suite de cet écart temporel. Mais que l’on considère l’inépuisable quantité de substructures byzantines qui persistent sur les sept collines, et l’on prend conscience de ce qui fait l’un des charmes majeurs de cette ville.

Lorsque Fathi a pris la ville, il l’a livrée à ses troupes pour trois jours de pillage, pillage qui ne se limitait pas aux choses, à l’or des églises et des palais, mais pillage des hommes également. La population, déjà fortement diminuée, a été réduite en esclavage et déportée. Et puis, cette ville défaite, le Conquérant s’est…

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