Le Jonquet

juillet 7, 2014

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Soir qui tombe le ciel bleu transparent sur l’herbe – l’eau
paillettes d’or dans l’herbe du soir sous le ciel bleu
irise de fins éclats le bassin, la margelle où se dresse
le héron sur un pied, l’aile s’ouvrant (asymétrie du Temps)
Des voix longues chantaient tressées, étirées comme on se plaint
on se souvient dans l’ombre de la cuisine

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éducation (Camus, Milosz, Jaspers…)

janvier 31, 2014

Simon Leys, dans Le Studio de l’inutilité, rapporte:

[Camus] avait un jour consulté Milosz pour savoir s’il serait honnête pour un athée comme lui de laisser ses enfants faire leur première communion – Milosz s’était lui-même posé semblable question ; et, à l’origine il l’avait posée à Karl Jaspers. Ce dernier lui avait répondu que, en tant que protestant, il n’avait pas de sympathie particulière pour le catholicisme, mais il estimait que tous les enfants devraient être éduqués dans leur religion propre, ne fût-ce que pour avoir accès à la tradition biblique. À son tour, Milosz répondit à Camus à peu près de la même façon.


Squares de Paris

novembre 11, 2013

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Dans les squares de Paris, je détournais les yeux de ma lecture pour observer les manœuvres des pigeons: les dandinements obstinés des mâles, les évitements gracieux et exaspérés des pigeonnes. C’était un petit bonheur et peu importait qu’il fût petit.

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dans l’avion, en écoutant Prokofiev

novembre 11, 2013

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Sous un ciel bas et lourd
Sous un ciel sombre et bas
Promenade sur une pente mouillée
Les gouttes de la dernière averse pendent en-
core aux bords des feuilles
Deux tours de briques
Anciennes, nobles et demi effondrées
On parle d’un grand groupe
En bas dans la rivière des iscles
de galets et de sable
Gris et jaune
Iscles et plages

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Les Américains

novembre 11, 2013

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Depuis trois jours il fait froid mais je ne m’y habitue pas. Je sors sans rajouter de pull-over sous mon blouson et je grelotte toute la journée. Les autres passent devant la maison et me crient: "Les Américains arrivent…!", j’attrape mon blouson et je sors en courant. Maman crie derrière moi: "Tu as pris une écharpe?", "Oui, oui." je crie sans avoir l’impression de mentir et plus tard dans la journée je regrette de ne pas lui avoir obéi. Les vieux regardent le ciel et disent que c’est un ciel de neige. Mais non, je ne regrette rien, je n’y pense pas, je serre les mâchoires et j’enfonce mes poings dans les poches du blouson. La moto s’arrête. Robert, il a dit en riant: "Appelez-moi Bob!". En riant mais plus tard on l’a tous appelé Bob. Robert revient de Limoges où les Américains sont depuis une semaine et il raconte:

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forme de la ville

octobre 31, 2013

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Des substructures byzantines, de briques et de pierres partout. Lors de ce séjour, j’ai plutôt cherché les mosquées anciennes. Mais "anciennes" pour les mosquées, ça signifie fin du 15e. A côté les églises, certaines, la plupart, transformées en mosquées peuvent être plus anciennes d’un millénaire. Elles cohabitent, voisinent tranquillement et dialoguent. Et l’on ne s’avise pas tout de suite de cet écart temporel. Mais que l’on considère l’inépuisable quantité de substructures byzantines qui persistent sur les sept collines, et l’on prend conscience de ce qui fait l’un des charmes majeurs de cette ville.

Lorsque Fathi a pris la ville, il l’a livrée à ses troupes pour trois jours de pillage, pillage qui ne se limitait pas aux choses, à l’or des églises et des palais, mais pillage des hommes également. La population, déjà fortement diminuée, a été réduite en esclavage et déportée. Et puis, cette ville défaite, le Conquérant s’est…

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Baker Street

octobre 30, 2013

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En milieu de soirée, vers les dix heures, comme nous finissions nos cigares, la conversation se fit languissante. De son fait, m’a-t-il semblé – et la suite l’a plutôt confirmé. Il parut tout à coup plongé dans une méditation intempestive. Il considéra la cendre de son cigare le visage soudain ouvert et rêveur, hochant lentement de la tête puis il déposa ce qui restait de cigare sur le cendrier et se leva décidément. En me souriant il me dit qu’il montait se coucher mais que cela ne nous chassât pas (j’avais la veille excessivement loué le cognac qu’il nous avait servi). Et que si nous avions besoin de quelque chose, le maître d’hôtel n’avait pas l’habitude de s’endormir tôt et avant minuit nous étions sûrs de le trouver éveillé. Se tournant vers le docteur puis brièvement vers moi, il nous souhaita une bonne nuit. Nous l’entendîmes monter l’escalier. Le docteur…

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les psaumes

octobre 29, 2013

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Une place couverte d’herbes devant notre très vieille église badigeonnée de chaux blanche. Notre religion était brouillonne et délabrée. Un vague mélange de morale et de superstitions.

Mais j’ai des souvenirs d’enfance, de palmiers sur fond d’or, des fumées odorantes de l’encens et des cadences latines. Mon jeune frère s’ennuyait et s’agitait sur la chaise de paille. Je ne m’ennuyais pas. Mon regard se promenait sous les voutes de l’église, je sautais des tribunes aux lustres. Telles étaient mes messes: la rêverie des yeux et des narines et la molle gymnastique du rite, des stations et des génuflexions, l’exercice des répons dans une langue prosodiée ni comprise ni incomprise, où le sens était en écho derrière la brume de la prosodie, une langue accueillante, un oreiller où l’évidence du sens aurait mis de la dureté.

D’une mer à l’autre est notre pays plissé, de vallées longtemps étanches l’une à l’autre…

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la montagne

octobre 29, 2013

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Il dit: "Je pars dans la montagne."

On lui répond: "Ne pars pas dans la montagne: la montagne est pleine de mauvais esprits, de démons et de nains."

L’ombre a envahi les rues mais au bout de celle-là, où des fanions striés pendent devant les fenêtres, le soleil couvre d’or la montagne. Sur la gauche les chênes, bouclés comme des anges, montent en troupeaux jusque très près du sommet (je pense alors à Jason et à la lointaine Colchide).

Il demande: "Les as-tu vus? Ou connais-tu quelqu’un qui les a vus?"

On lui répond: "Personne n’est jamais redescendu de la montagne, qui y ait passé la nuit."

Puis les voix deviennent discordantes, chacun porteur, semble-t-il, porteur de son propre morceau de vérité, on parle des cris qui s’entendent certaines nuits, ce qu’a raconté un berger, les effets curieux de la lumière de la lune…

Lui, un peu rêveur, parle et…

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septembre 29, 2013

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Les quais, sauf aux premières heures du jour, restaient dans l’ombre. Et tout au long de la journée la rive d’en face était baignée de soleil.

L’autre côté est plat, sans constructions ou quelques huttes de cannes. Toutes sortes d’oiseaux limicoles fréquentent les herbes, les joncs et les nénuphars flottants qui bordent la rivière.

Aux premières heures du jour seulement, la lumière très oblique du soleil éclaire cette partie de la ville qui regarde le fleuve, les façades des hauts palais qui dominent le fleuve. Un homme me dit: "Je t’ai vu à Bahawalpur, il y a plusieurs années, et tu étais parmi les musulmans!"

Une voix répond: "Non, je ne sais pas de quoi tu parles. Je n’ai jamais été à Bahawalpur et je suis ici pour rencontrer celui qui, sur le talus de la rivière, joue de la flûte, pour charmer les vachères."

Mais l’homme: "Je t’ai vu…

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