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Commentaire sur Voix Haute (Léo et Léa) juin 14, 2009

Posted by cercamon in commentaires, lecture, lecture silencieuse, écriture.
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Pour mémoire après le saut un long commentaire sur l’article “Léo et Lea” du blogue “Voix Haute” (pour mémoire et parce que le thème a déjà été abordé plusieurs fois ici et que je ne vois pas comment envoyer des trackbacks depuis Blogger).

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Obama: Isra, miraj et Jérusalem dans le discours du Caire juin 11, 2009

Posted by cercamon in Islam.
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On trouve dans la traduction française officielle du discours de Barack Obama au Caire, jeudi 4 juin dernier, un passage qui m’a semblé d’abord mystérieux:

où Jérusalem sera un lieu de résidence sur et permanent pour les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans et un lieu où tous les enfants d’Abraham pourront se côtoyer dans la paix comme dans l’histoire d’Israh, (Applaudissements), – comme dans l’histoire d’Israh, de Moïse, de Jésus et de Mohammed (que la paix soit avec eux) unis dans la prière. (Applaudissements)

Qui donc est cet Israh que le président américain met sur un pied d’égalité avec Moïse, Jésus et Muhammad? Je suis allé voir dans l’original et je me suis rendu compte que le traducteur n’avait vraisemblablement pas compris Obama, faute d’une culture islamique suffisante (ce n’est pas le cas pour la traduction espagnole):

when Jerusalem is a secure and lasting home for Jews and Christians and Muslims, and a place for all of the children of Abraham to mingle peacefully together as in the story of Isra — (applause) — as in the story of Isra, when Moses, Jesus, and Mohammed, peace be upon them, joined in prayer. (Applause.)

Isra ou Israh (Isra’) n’est pas le nom d’un mystérieux prophète mais désigne le “voyage nocturne” du prophète de l’islam qui l’amena de La Mecque à Jérusalem (et c’est le nom de la sourate du Coran qui mentionne ce voyage). Ou plus exactement, dans le discours d’Obama, “the story of Isra” désigne ce que la tradition islamique appelle en arabe al-Isrâ’ wa-l mirâj, qui regroupe le voyage à Jérusalem et, depuis le lieu du Temple de Jérusalem, son ascension à travers les cieux jusqu’à la présence divine et au cours de laquelle il rencontre Moïse et Jésus. (On considère assez généralement que ce miraj, dont il a existé des récits traduits de l’arabe en langues romanes sous le titre de Livre de l’échelle de Mahomet, a été la source principale de la Divine Comédie de Dante.)

La référence est d’importance parce que c’est ce double voyage, dont la tradition islamique discute s’il s’est fait spirituellement, en rêve, ou physiquement, qui fonde le statut de Jérusalem comme second ou troisième lieu saint dans l’islam et donc l’attachement pour Al-Quds, Jérusalem, et les revendications qui s’ensuivent. Il y a ainsi, dans le discours d’Obama, par cette allusion en particulier, une reconnaissance de la légitimité de ces revendications. Mais il y a aussi, à l’intention des musulmans, un rappel de l’héritage judeo-chrétien de l’islam, de l’enracinement de l’islam dans la tradition biblique (voir la discussion récente ici), d’une dette, en somme, que l’extrémisme islamique voudrait oblitérer.

Simone Weil, quelques citations politiques juin 1, 2009

Posted by cercamon in Simone Weil, nation, politique.
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La civilisation européenne est une combinaison de l’esprit d’Orient avec son contraire, combinaison dans laquelle l’esprit d’Orient doit entrer dans une proportion assez considérable. Cette proportion est loin d’être réalisée aujourd’hui. Nous avons besoin d’une injection d’esprit oriental.

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Volonté et attention (Simone Weil) juin 1, 2009

Posted by cercamon in Simone Weil, désir, pédagogie, école.
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La volonté, celle qui au besoin fait serrer les dents et supporter la souffrance, est l’arme principale de l’apprenti dans le travail manuel. Mais contrairement à ce que l’on croit d’ordinaire, elle n’a presque aucune place dans l’étude. L’intelligence ne peut être menée que par le désir. Pour qu’il y ait désir, il faut qu’il y ait plaisir et joie. L’intelligence ne grandit et ne porte de fruits que dans la joie. La joie d’apprendre est aussi indispensable aux études que la respiration aux coureurs. Là où elle est absente, il n’y a pas d’étudiants, mais de pauvres caricatures d’apprentis qui au bout de leur apprentissage n’auront même pas de métier.

(Simone Weil, Attente de Dieu, 1942)

D’autres extraits après le saut (voir aussi Découvertes tardives sur mon autre blogue).
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Seuls les enfants savent lire (Michel Zink) juin 1, 2009

Posted by cercamon in Contemporains, lecture, école.
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Au fond, j’avais beau ne rien comprendre, je comprenais tout. C’est ainsi que les enfants lisent. Ils comprennent sans savoir qu’ils comprennent. Ils ont raison. Le lecteur doit accepter d’être dupe de ce qu’il lit, et non jouer au plus malin.

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Istanbul: les bateaux poètes de Sunay Akın mai 23, 2009

Posted by cercamon in Uncategorized.
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Le vapeur Orhan Veli
ramène à la maison
des gens pressés
les mouettes se précipitent
sur les bouts de pain
jetés depuis le pont

Orhan Veli vapuru
evlerine taşırken
telaş içindeki insanları
küpeştesinden atılan
simitleri kapışır
martı kuşları

(Sunay Akın: Şiiriçi Hatları Vapuru)

Shen Zhou, 1492 mars 8, 2009

Posted by cercamon in Chine.
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Une nuit de l’automne 1492, le peintre Shen Zhou, pose ces notes sur une peinture qu’il vient de faire:

Nuit de veille / Shen Zhou, 1492 (National Palace Museum, Taipeh)

Nuit de veille / Shen Zhou, 1492 (National Palace Museum, Taipeh)

Par une nuit froide, le sommeil est doux. Je me suis éveillé au milieu de la nuit, l’esprit clair et serein, sans désir de me rendormir. Je me suis habillé et me suis assis face à la chandelle vacillante. Sur la table il y avait quelques livres, j’ai choisi parmi eux un volume au hasard et j’ai commencé à lire. Mais trop fatigué, j’ai reposé le livre et me suis assis clmement, mains croisées. Une longue pluie venait de tomber et la lune pâle brillait par la fenêtre. Tout n’était que silence.

J’aime par nature rester assis la nuit. Aussi très souvent je déroule un livre sous la lampe et le parcours habituellement jusqu’à la deuxième veille, puis je m’arrête. La clameur des hommes n’a pas encore cessé que déjà l’on a envie de se plonger dans l’étude. Mais il est rare de trouver le calme à l’extérieur et la paix en dedans…

Comme elle est grande, la force qu’on gagne à rester assis de nuit. En se purifiant ainsi l’esprit, en restant assis seul durant de longues veilles à la lueur de la chandelle, on ouvre son espace intérieur et on commence à comprendre les choses. Cela, c’est sûr, je parviendrai à l’atteindre.

J’ai écrit ces notes une nuit de veille de l’automne 1492, le 16e jour du 7e mois.

(cité et traduit par Anne Kerlan Stephens, Poèmes Sans Paroles. Paris: Hazan, 1999)

Et je pense à un autre lettré et à la lettre qu’il écrit, un automne aussi, 11 années plus tard, de l’autre côté du vieux monde.

Calena / Nové / Nadal (Luc, 2:8-14) décembre 25, 2008

Posted by cercamon in Uncategorized.
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En complément du dernier Moulin à Paroles, j’avais envie hier d’ajouter deux versions du passage de Luc présenté par CJ: l’original (pour ce qu’on en sait) en grec et la version occitane. J’ai découvert alors qu’il est très difficile, voire impossible, de trouver sur Internet les évangiles (ni la Bible en général) en occitan (en tous cas je n’ai pas trouvé). Ce qui est très surprenant alors que la Bible est sans doute le texte le plus traduit au monde.

Faute d’une traduction du texte sacré, l’occitan, le provençal nommément, offre l’adaptation populaire du texte de Luc sous forme de chant de Noël. Chaque année me revient invinciblement “Pastres rintratz” que je chante à tue-tête, dans la voiture ou en marchant tous les 24 et 25 décembre, tel qu’il a été interprété par Montjòia dans les années 70. Je n’en connais pas l’origine exacte sinon que c’est un Noël provençal du 16e ou du 17e siècle.

Pastres, rintratz vòstrei tropèus

Pastres, rintratz vòstrei tropèus
E corrètz lèu en grand diligença
Per adorar la bèla naissença
D’aqueste enfant que vèn dau cèu.
Anirem toei d’aqueste pas
Fringar davans eu lei cinc pas.
Eu ei naissut dins Ventabren
Desmantelat come Romanhòla
Plorant caumatge subre la viòla
Dins una crupi sensa fen.
E tot çò que vautrei podretz
Per eu de boan cuer va faretz.
A costat sa maire veiretz
Lo boan José qu’ei lo sieu paire
L’ai e lo buòu de l’autre caire
Per vos mostrar çò que faretz.
Anirem toei d’aqueste pas
Fringar davans eu lei cinc pas
Alora anèm d’aqueste pas
L’adorar dintre sa logeta
E au son de nòstrei musetas
Fringar davans eu lei cinc pas
E tot çò que nautrei podrem
Per eu de boan cuer va farem.

Version grecque (les crochets correspondent à des variantes):

8. Καὶ [ἰδοὺ] ποιμένες ἦσαν ἐν τῇ χώρᾳ τῇ αὐτῇ ἀγραυλοῦντες καὶ φυλάσσοντες φυλακὰς τῆς νυκτὸς ἐπὶ τὴν ποίμνην αὐτῶν.
9. καὶ ἄγγελος κυρίου ἐπέστη αὐτοῖς καὶ δόξα κυρίου περιέλαμψεν αὐτούς, καὶ ἐφοβήθησαν φόβον μέγαν.
10. καὶ εἶπεν αὐτοῖς ὁ ἄγγελος, Μὴ φοβεῖσθε, ἰδοὺ γὰρ εὐαγγελίζομαι ὑμῖν χαρὰν μεγάλην ἥτις ἔσται παντὶ τῷ λαῷ,
11. ὅτι ἐτέχθη ὑμῖν σήμερον σωτὴρ ὅς ἐστιν Χριστὸς κύριος ἐν πόλει Δαυίδ·
12. καὶ τοῦτο ὑμῖν τὸ σημεῖον, εὑρήσετε βρέφος ἐσπαργανωμένον καὶ κείμενον ἐν φάτνῃ.
13. καὶ ἐξαίφνης ἐγένετο σὺν τῷ ἀγγέλῳ πλῆθος στρατιᾶς οὐρανίου αἰνούντων τὸν θεὸν καὶ λεγόντων,
14. Δόξα ἐν ὑψίστοις θεῷ καὶ ἐπὶ γῆς εἰρήνη ἐν ἀνθρώποις εὐδοκία[ς].

Et puis j’ai tout de même tenté une version occitane (tendance nissarde):

8. Et li avia dei pastres en aqueu pais qu’estavan per lu camps et velhavan li nuechs sus lu sieu tropeus.
9. Et, ve, un àngel dou Senhe apareguèt en elus et la gloria dou Senhe resplendiguèt tot entorn d’elus, et fogheron espaurugats d’una gran paur.
10. Et l’àngel diguet en elus: non aiguetz pas paur, veetz, que vi anonci bona nova d’una gran joia que serà per tot lo poble.
11. perqué v’es naissut anc’uei un sauvador, qu es Messìa Senhor, en la citat de David.
12. Et veici per vautre lo senhau: troberetz un bambin enfaissat et ajassat dins una grupia.
13. Et tot d’un cop foguèt m’au àngel una multituda de l’armada dou ceù que laudavan lo Diéu et diiàn:
14. Gloria en Diéu en lo soubran dei ceus et sus la terra patz en lu òmes m’au bon voler.

(Mon occitan n’est pas très solide et j’accueillerais toute correction ou suggestion avec reconnaissance. – màj: quelques corrections faites le 25 au soir.)

Quintilien sur l’orthographe novembre 26, 2008

Posted by MRG in Antiquité classique, Quintilien, écriture.
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Institutions Oratoires, 1, 4, 7-9 (cité par Roy Harris dans Rethinking Writing (2000)):

Il appartient à tous les grammairiens[1] de s’occuper de ces choses fines et d’examiner s’il ne nous manque pas certaines lettres nécessaires, non pour écrire des mots grecs (puisque nous avons emprunté deux lettres pour cela), mais pour les mots latins eux-mêmes: ainsi dans serus et uulgus le digamma éolien fait défaut[2], et il y a un son intermédiaire entre les lettres u et i (en effet nous ne disons pas optimum[3] comme opimum), et dans hereon n’entend clairement ni i, ni e; et par ailleurs d’autres lettres sont redondantes[4] (…)

(…) Aut grammatici saltem omnes in hanc descendent rerum tenuitatem, desintne aliquae nobis necessariae litterae, non cum Graeca scribimus (tum enim ab isdem duas mutuamur), sed proprie in Latinis: ut in his seruus et uulgus Aeolicum digammon desideratur, et medius est quidam u et i litterae sonus (non enim sic optimum dicimus ut opimum), et in here neque e plane neque i auditur; an rursus aliae redundent (…)[5]


  1. Grammatici, ie les professeurs de lettres
  2. pour distinguer la semi-consonne de la voyelle u, ce que fait la typographie moderne du latin, en notant la semi-consonne par v.
  3. écrit parfois optumum
  4. comme le q ou le x
  5. in The Latin Library trad. anglaise sur Lacus Curtius et Iowa State

Machiavel: la conversation des anciens (lettre à F. Vettori) novembre 16, 2008

Posted by cercamon in Machiavel, lecture, livre.
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Lettre à Francesco Vettori du 10 décembre 1513:

vêtu décemment pour l’occasion j’entre dans les cours antiques des hommes antiques, où, reçu par eux avec amitié, je me nourris de cet aliment qui seul est mien et pour lequel je suis né; où je n’ai pas honte de parler avec eux, et de leur demander raison de leurs actions; et eux, dans leur humanité, me répondent; et pour 4 heures, je ne sens le moindre ennui, j’oublie tout souci, je ne crains pas la pauvreté, la mort ne me trouble pas: je me livre tout entier à eux. Et parce que Dante dit qu’il n’y a pas de science sans la rétention de ce qui a été compris, j’ai noté ce qui par leur conversation m’est apparu important, et composé un opuscule de Principatibus.

Plus d’extraits, en italien et traduits, après le saut.
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